Économie et écologie s’affrontent autour du projet d’extension de la station de ski de Mijanès-Donezan

Économie ou écologie ? Le destin de la vallée de Mijanès-Donezan est toujours suspendu à la décision de Michel Barnier, le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche. La communauté de communes du Donezan espère qu’il signera l’autorisation de déboiser 1,5 ha de forêt ; Une alliance de diverses associations écologiques – nationales et internationales – milite pour qu’il y renonce et qu’il mette ainsi un frein à « un saccage environnemental programmé ».

 

Le projet d’extension de la station de ski de Mijanès (Ariège) est toujours suspendu à la décision de Michel Barnier, le Ministre de l’agriculture et de la Pêche. En effet, il ne manque plus que son accord pour pouvoir commencer les travaux de déboisement d’une zone de 1,5ha de forêt. L’objectif de ces travaux ? La création d’un nouveau téléski de 700 m conduisant, entre autre, à la grande piste de 4 km de la vallée de la Maoure ; ce qui entraînerait le doublement de la surface du domaine skiable de la petite station. Du côté de la communauté de communes du Donezan, on se réjouit : « ce projet est un atout majeur qui va permettre le maintien d’une population permanente dans le Quérigut ». Avec ce projet évalué à 2,75 millions d’euros, Mijanès et les 530 âmes du canton le moins peuplé de France entrevoient un avenir plus radieux. « C’est notre seul espoir, affirme Ginette du Relais de Pailhères. Si la station meurt, nous aussi ».

Grand Tétra ou grand coq de bruyère

Seulement voilà ! Diverses associations nationales et internationales comme WWF, Aspas (association pour la protection des animaux sauvages), France Nature Environnement, Mountain Wilderness, Ferus… se mobilisent contre « ce saccage environnemental programmé ». En effet, la vallée sauvage convoitée abrite des tourbières où prospère une flore rare et protégée, dont la célèbre plante carnivore Droséra. Le projet entraînerait aussi une destruction à 67 % de la zone d’hivernage du grand tétras, ou grand coq de bruyère, qui a déjà pratiquement disparu des montagnes européennes à cause du grignotage de son territoire par les stations de ski. Le secteur concerné semble aussi être un lieu de passage pour les ours. « Or, la directive Habitats implique que le milieu de l’ours brun soit strictement protégé », explique Alice Terasse, l’avocate des associations. Le lagopède alpin et le desman des Pyrénées (espèces rares) habitent également la vallée de la Maoure ; valée qualifie de « superbe zone de nature vierge de haute montagne pyrénéenne »par Unimate (fédération d’associations, membre de France Nature environnement). Pour Emmanuel Ménoni, chargé d’étude à l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), « les effets de l’extension seront dramatiques ».

Manifeste pour la préservation du Grand Tétras

Mais, pour Georges Vigneau, directeur de l’office de tourisme du Donezan, « il faut remettre les choses dans leur contexte : l’emprise de l’extension envisagée n’est que de 13 ha sur les quelque 13 000 du Donezan ; et, je rappelle à tout hasard que le coq de bruyère vole très mal, qu’il a par conséquent besoin d’espace et que laisser des zones entières se végétaliser l’empêche de s’épanouir. Voyez les difficultés rencontrées par cette espèce sur le secteur d’Orlu davantage qu’à Ax ou au Mourtis… Et, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas de station à Orlu ! »

Ce projet d’extension de la station de Mijanès a été entériné le 22 mars dernier par le préfet de Région… et le Comité Écologique Ariégeois (CEA) et Nature Midi-Pyrénées (NMP) ont déposé conjointement, le 22 mai 2007, une requête en annulation contre cet arrêté préfectoral d’autorisation d’extension de la station de ski. Au delà, de leurs soucis écologiques, les détracteurs du projet contestent aussi le budget de 2,75 millions d’euros. Les associations jugent le budget du projet « absolument pas crédible » et rappellent que le trésorier payeur général de l’Ariège a été très sévère dans sa fiche de synthèse du 12 janvier 2007.

Les écologistes appellent à réfléchir au développement de loisirs à l’année et à un commerce écologiquement viable. Ils s’étonnent aussi qu’au lendemain du Grenelle de l’Environnement, le réchauffement climatique et ses conséquences d’enneigement très aléatoires ne soient pas pris en compte par les porteurs du projet de Mijanès.

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