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Marius Chevallier du Centre européen de ressources sur les initiatives solidaires et les entreprises sociales

mardi 6 novembre 2007, par Anne-Marie Fontaine

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Marius Chevallier est chargé d’études et de développement à Cerises (Centre européen de ressources sur les initiatives solidaires et les entreprises sociales).

T’E : Quand apparaît pour la première fois cette notion d’économie sociale et solidaire ?

M. C. : La notion d’économie sociale apparaît au début du XXe siècle, avec la volonté de rassembler les mutuelles, les associations et les coopératives. Elle était très proche du mouvement syndical à l’époque. Dans les années 70, le concept est remis au goût du jour par Claude Vienney et Henri Desroche. Puis l’émergence de nouvelles initiatives induit une réflexion intellectuelle qui aboutit à la théorie de l’économie solidaire qui insiste sur le rapport étroit entre les pouvoirs publics et les structures d’économie solidaire et la nécessaire démocratisation des structures publiques. Suit une période de cohabitation de plusieurs expressions : économie sociale et solidaire, entrepreneuriat social, tiers-secteur, institutions à but non lucratif, entreprendre autrement, économie alternative, etc. Mais c’est l’expression économie sociale et solidaire qui tend à s’imposer, résultat d’une volonté de compromis entre les approches économie sociale et économie solidaire. Depuis la fin des années 1990, des formations universitaires se développent, comme à l’université de Toulouse le Mirail et le Master en nouvelle économie sociale dès 1999.

T’E : Quelle définition peut-on donner de l’économie sociale et solidaire ?

M. C. : Il est assez compliqué de donner une définition type de l’économie sociale et solidaire, car en fonction des territoires, les acteurs varient. A Cerises, nous partons des grandes familles (AMAP, entreprises d’insertion, régies de quartier, Jardins de Cocagne, SCOP, etc) et de l’étude des structures qui sont mobilisées derrière l’expression économie sociale et solidaire sur les territoires.

Certaines divergences théoriques existent entre l’économie sociale et l’économie solidaire. C’est aux acteurs de se revendiquer de l’une ou de l’autre. Malgré tout, on remarque des valeurs communes entre les acteurs de ces secteurs. Il y a toujours une démarche démocratique en leur sein, ainsi qu’un ancrage territorial, mais la plus caractéristique serait peut-être une certaine démarche critique envers la société et une responsabilité de participation à la régulation de l’environnement économique.

Dans les deux cas, on s’oppose à une position dominante et on ne croit pas en la fatalité d’un modèle économique. Certains préfèrent parler de nouvelle économie sociale plutôt que d’économie solidaire mettant ainsi l’accent sur le fait que les dernières sont plus récentes. L’économie solidaire se caractérise par une part importante d’associations loi 1901, qui sont des structures sans capital à la différence des « associations » ouvrières du 19e siècle. En France, il existe 26 Chambres régionales de l’économie sociale (CRES), seule un tiers d’entre elles ont choisi de s’appeler chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS). L’expression « Ã©conomie sociale et solidaire » est donc loin de faire l’unanimité.

T’E : L’économie sociale et solidaire peut-elle devenir la norme ?

M. C. : Je pense qu’il s’agit plus d’une pédagogie de la particiaption à la régulation de l’économie qu’un modèle alternatif. L’économie sociale et solidaire évolue à la fois par la diffusion de ses innovations et par le renouvellement permanent de son regard critique. Dans le premier cas, certaines innovations (commerce équitable, agriculture biologique, éco-construction, etc) sont portées par des initiatives solidaires et entreprises sociales qui en font des solutions technico-économiques sans toujours conserver l’approche critique à l’origine de ces innovations. De nouvelles structures peuvent ensuite émerger pour entretenir un questionnement permanent. D’autres innovations se sont moins diffusées mais ont conservé une philosophie non réductible à une solution technique (crèches parentales, SCOP, agriculture paysanne, systèmes d’échange local, etc).

Le danger, surtout pour l’économie solidaire, est sa grande dépendance aux pouvoirs publics. Elle est en tension entre sa volonté de garder un regard critique et sa dépendance au marché et à l’Etat qui lui demande de donner la preuve de son utilité sociale. L’un des questionnements les plus important aujourd’hui est sa relation avec les pouvoirs publics et leurs financements. Aujourd’hui les régions sont à gauche, mais après ?

Propos recueillis par Anne-Marie Fontaine.


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