OGM
Entretien avec Jean-Claude Flamant, directeur de la mission d’animation des Agrobiosciences.
mardi 5 février 2008, par Létizia Capecchi
Le 23 janvier, Sergine Ponsard – chercheur au laboratoire évolution et diversité biologique du CNRS – a lancé un appel aux politiques via le blog LibéToulouse. Elle les a appelé à ne pas se défausser sur les scientifiques pour interdire le maïs OGM MON810. Pour elle, « interdire les OGM doit rester une décision politique »
Pour Jean-Claude Flamant, le directeur de la mission d’animation des Agrobiosciences, le débat sur les OGM est, et restera toujours, un sujet social et politique. De plus, de son point de vue, un scientifique de bonne fois ne pourra jamais avancer les certitudes absolues que semblent attendre les politiques. Entretien.
Toulous’éthic : Etes vous d’accord avec Sergine Ponsard quand elle affirme que les décisions vis-à-vis des OGM doivent être politiques ?
Jean-Claude Flamant : les scientifiques sont actuellement dans une situation inconfortable vis-à-vis des politiques qui leur demandent des certitudes. Or, si les chercheurs peuvent rendre compte des observations qu’ils ont effectués dans des conditions précisent, ils ne peuvent pas deviner ce qu’il se passera si les conditions changent. Ils peuvent faire des suppositions, mais ils ne peuvent pas avancer de certitudes. Les scientifiques ne pourront jamais donner aux politiques les certitudes qu’ils attendent !
Tout repose donc sur une balance risques/bénéfices. Cette balance engage le scientifique, dans le sens où c’est lui qui fourni les données sur lesquelles on peut s’appuyer et les questions qui restent à élucider. Mais au final, c’est le politique qui prend les décisions : prendre le risque, dégager des moyens pour répondre aux questions posées, décider d’attendre les résultats des nouveaux travaux de recherche… ça c’est le rôle des politiques (et donc de leurs électeurs), pas celui des scientifiques.
T : Les recherches menées sur les OGM sont souvent un sujet de discorde entre pro et anti-OGM. Pour certain, il n’y en a pas assez, pour d’autres il y en a suffisamment, pour d’autres encore elles ne visent malheureusement que les capacités de production des différentes variétés d’OGM. Y a-t-il des recherches en cours sur les OGM qui visent à déterminer autre chose que leur étendue commerciale ?
JCF : Les OGM ne sont que la face émergée du travail que mène la recherche sur le fonctionnement des cellules. Comprendre les OGM, signifie comprendre comment les gènes fonctionnent, s’expriment ou se transfèrent. Il n’est pas nécessaire de travailler directement sur les OGM pour étudier ces phénomènes.
Beaucoup de travaux de recherche portent, par exemple, sur l’action des gènes dans les cellules. Nous étudions ainsi pourquoi certaines bactéries sont pathogènes, et d’autres pas. De la même façon, les cellules de la peau, du foie, ou encore des yeux d’un même individu portent exactement le même bagage génétique. Pourtant toutes ces cellules ont des fonctions radicalement différentes. Pourquoi ?
Autre aspect concernant les OGM : la dissémination des pollens. Les travaux de recherche menés dans ce domaine peuvent concerner aussi bien les modes de transport des graines d’un endroit à un autre, que les mécanisme complexes des transferts de gène d’un individu à un autre.
T : que pensez-vous des critiques concernant le manque de recherche sur les dangers sanitaires potentiels des OGM ?
JCF : cette critique répond aux observations des pro-OGM qui expliquent que depuis que les OGM sont consommés, aucun problème sanitaire n’est apparu. Le discours conjugué des « pro » et des « anti » montrent surtout qu’à l’heure actuelle, il faut déjà manger des OGM pour savoir s’ils sont dangereux. De plus, ce système ne permet de révéler que les propriétés allergènes ou immédiatement toxique des OGM. Mais qu’en est-il de leur propriété toxique à long terme ? D’un autre côté, on ne teste pas systématiquement la toxicologie alimentaire de tous les produits qui finissent dans notre assiette. Alors pourquoi le ferait-on pour les OGM ? Ici encore, le choix est d’ordre social ou politique.
Propos recueillis par Létizia Capecchi

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