L’économie sociale couvre quatre grands domaines : les associations dont l’activité profite à d’autres que leurs membres et qui rendent à leurs membres le service de fédérer leurs activités caritatives, les coopératives mais aussi certaines mutuelles d’assurance qui rassemblent des entreprises patrimoniales, des artisans et commerçants, afin de les doter de services communs, des entreprises réunissant des particuliers et leur apportant directement des services (habitat, consommation, crédit…) et enfin des entreprises qui apportent à leurs membres qui sont leurs salariés, le service d’assumer collectivement la fonction d’entrepreneur (SCOP).
Chaque composante de l’économie sociale a sa propre histoire. La plus jeune et la plus courante est l’association née en 1901, premier degré de l’initiative citoyenne. Au nombre de 700 000 en France, elles enregistrent 1,2 millions de salariés et développent des activités dans tous les domaines. La plus ancienne est la mutualité. Elle est née au début du siècle dernier de la volonté d’un groupe de personnes qui s’associent dans le plus parfait désintéressement afin de se protéger réciproquement. Elle repose sur la trilogie solidarité, responsabilité, réciprocité et concerne un français sur deux.
Dans les années 1990, des associations se mobilisent pour promouvoir des services collectifs de proximité dans les quartiers pauvres comme les épiceries sociales, les laveries collectives, les restaurants associatifs… D’autres luttent principalement contre l’affaiblissement des liens sociaux de proximité et la dévalorisation des savoir-faire. Ainsi les réseaux d’échanges réciproques de savoir et les systèmes d’échanges locaux dynamisent les relations sociales en misant sur le fait que chacun a toujours quelque chose à apporter aux autres, donc à échanger. D’autres s’engagent dans l’accompagnement aux chômeurs qui créent leurs entreprises : Association pour le développement de l’initiative économique (ADIE). D’autres enfin facilitent l’accès au crédit (CIGALE, NEF, Solidarité-Emploi…) ou au logement.
Ces nouvelles initiatives se heurtent très vite soit à la rareté des compétences et des finances locales, soit à l’accusation de concurrence déloyale sur des activités concurrentielles. N’étant pas reconnues dans la définition institutionnelle de l’économie sociale, les nouvelles initiatives se réclament de l’économie solidaire pour faire reconnaître leur spécificité. Il s’agit de faire admettre la nécessité et la possibilité de développer la solidarité par l’activité économique, à la fois solidarité entre les membres d’un même groupe social et solidarité entre le groupe ou le quartier concerné et le reste de la société.
L’économie sociale et l’économie solidaire sont donc deux réalités bien distinctes. Mais dans les deux cas, les mutuelles, les coopératives et les associations tentent de concilier l’efficacité économique, la démocratie et la solidarité. L’approche économique montre que ce qui différencie les activités d’économie sociale et solidaire des autres activités économiques et sociales, ce sont les motifs qui poussent les individus à mettre en œuvre une activité.
Si les mutuelles, les coopératives et les associations sont aujourd’hui des réalités ancrées dans la gestion du quotidien alors qu’au XIXe siècle elles proposaient une alternative au capitalisme, c’est autant par impuissance à en modifier les structures que par souci de pousser malgré tout, à court terme, à la roue du progrès social, sans jamais renoncer à être des laboratoires pour l’avenir. Pour ce dernier point, elles sont mises au défi de repenser leur propre modèle de développement qui se décline à différents niveaux : développement social dans la prise en charge et l’accompagnement des populations dépendantes et marginalisées, développement local pour la valorisation et la dynamisation d’un territoire, développement global pour la constitution d’une citoyenneté réelle et la transformation des rapports sociaux à l’échelle locale, nationale, internationale et mondiale. Ainsi au-delà de leur rôle d’amortisseur économique et social, de leurs interventions pour limiter les excès du capitalisme (rôle de régulateur), elles doivent encore acquérir un rôle de transformateur en se rapprochant des mouvements sociaux et syndicaux. En d’autres termes, elles doivent s’inscrire dans un véritable projet politique pour devenir des alternatives au capitalisme.
Depuis une dizaine d’années, de multiples initiatives ont été prises dans le domaine économique, à travers diverses associations.
Certaines visent à compenser les « vides » du monde économique et financier, en mettant en place des systèmes bancaires destinés aux personnes exclues du système classique.
D’autres assument des fonctions que ne remplissent pas les circuits économiques.
D’autres encore, grâce à leur poids et leur valeur financière, sont en mesure de peser sur la vie économique elle-même.
La vie associative représente donc bien une porte d’entrée dans le système économique, pour essayer de le corriger et de l’améliorer. Une voie ouverte pour, petit à petit, s’efforcer de gravir la montagne.
Un deuxième élément vient renforcer ce rôle des associations : diffuses dans toute la société, que ce soit dans le domaine sportif, culturel, éducatif ou social, elles sont directement à l’écoute des besoins des personnes. Plus que quiconque, elles sont à même de chercher les réponses pertinentes pour satisfaire ces besoins ; réponses qui prennent parfois la forme de services économiques ou financiers. Les associations se trouvent ainsi en position d’éclaireurs ou de pionniers pour la mise en place de nouveaux métiers ou services.
Le rôle des associations n’est évidemment pas économique. Il consiste avant tout à exprimer le point de vue des citoyens, intervenir dans la vie politique, organiser la vie sociale. Il reste que le monde associatif offre aussi à tout un chacun le moyen d’entrer et d’agir dans la vie économique.
DOSSIER REALISE PAR JULIE RIMBERT
Muriel Boudou, présidente de l’Agence Internationale d’Economie Sociale et Solidaire (AI2S)
Yves Jarland, délégué régional de l’ADIE (association pour le droit à l’initiative économique)
L’ADHAF, une association au service de la proximité et de l’entraide
La lutte contre l’exclusion bancaire
La Maison de l’Initiative : entreprenariat, équité et éthique
Culture et Liberté Garonne, pour une éducation populaire
Les autres acteurs régionaux des financements solidaires

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